Adam & Prometheus

Départ manqué

La route était cahoteuse vers…vers où allions-nous déjà? Partout sauf Esther en tout cas. Et certainement pas Fairbanks…En fait, nous quittions l’Alaska. Par bateau, pas trop le choix. Pour aller vers le Canada: Yellowknife. Je m’en foutais. En autant que nous mettions le plus de distance possible entre ce type au tatouage, ce «fils d’Adam». Pas de doute, il était du même groupe que ces malades qui avaient tenté de me tuer quelques mois plus tôt.

Je pris un peu de repos dans le van, de concert avec Lucas et Prosperpina. Lorsque nous atteignîmes la première ville du chemin, nous y déposâmes Lucas. J’étais un peu déçue qu’il parte si tôt…mais c’était pour le mieux. Pour son propre bien, surtout…

Nous arrivions enfin à Anchorage. Grande ville portuaire. Notre point de passage avant d’atteindre les rives canadiennes. Il faudrait s’infiltrer sur un bateau. Payer des gens pour se faire embarquer. C’est ce que suggérait Jak et Prosperpina, qui avaient déjà connu ce moyen de transport. Je n’avais jamais été sur un bateau, Émil non plus à ce qu’il semblait.

Mais s’embarquer clandestinement coûterait cher. Prosperpina, Émil et moi on pensa à jouer les amuseurs de rue pour gagner un peu d’argent. Émil au violon était accompagné de Prosperpina au chant et de moi qui dansait. Mes cours d’il y a 2 ans me servaient concrètement, comme c’était drôle.

Jak, de son côté, était allé mettre son physique à profit: il avait trouvé des jobs sur les quais. Du travail manuel sur les bateaux. Simple et efficace. On se retrouverait pour le départ d’un cargo bien plus tard, lorsque Jak reviendrait nous informer de ses trouvailles.

Vers 9h du soir, on avait récolté seulement 145$…Jak parlait de centaines de dollars pour embarquer lui…par personne, qui plus est! On était mal…Mais en revenant vers le van, on se rappela que, cette voiture, ne servirait pas de si tôt. Autant la vendre! Prosperpina se fit l’hôte des enchères et Émil s’effaça derrière le van pour jouer une musique entraînante. Rapidement, des marins un peu chauds s’avancèrent, intrigués. Ah oui, il y a aussi que Prosperpina a eu la brillante idée de me suggérer de faire la promotion du van. J’étais donc humblement vêtue d’un bikini et j’avais emprunté son manteau de fourrure (histoire de justifier que je ne meure pas de froid, parce que franchement, je ne ressens rien niveau température).

Prosperpina annonça la vente de la voiture…en plus d’une heure en ma compagnie. Je faillis tomber en bas du van. Pardon?! Ça ne faisait pas partie du marché initial, ça!! Mais je ravalai ma fierté parce que…les enchères grimpaient! On était dans les centaines de dollars: 400, 500, 600. Waouh! on l’aurait notre billet d’aller vers le Canada!

Puis, il y eut une voix dans la foule. «10 000$». Dix…dix mille!! J’étais renversée. La foule se tut. C’était plus qu’inespéré! Un miracle! Ou alors…c’était étrange…

Une jeune femme s’est avancée vers nous. Elle n’était pas laide, semblait en forme et suçait un bonbon…Prosperpina était figée, terrorisée. Elle essayait d’entraîner la foule à augmenter mais personne ne répondit et elle dut clore les enchères. Qu’est-ce qui inquiétait tant notre comparse?

La femme sortit l’argent en liquide et dit que c’était peu cher payé. Là, je sentis la peur commencer à monter en moi. Elle ne voulait clairement pas la voiture. Elle me voulait moi. Pourquoi? Je l’ignorais, et ça me foutait les jetons. Prosperpina nous dit en pleurant que c’était elle, la «folle» qui la suivait depuis des mois. Rien pour me rassurer. Je gardai tout de même le sourire. Elle avait payé. Je devais livrer marchandise…

Elle m’entraîna avec elle et je laissai mon numéro de portable à Prosperpina pour qu’elle m’appelle dans une heure. Je lui jurai que tout allait bien, que je reviendrais bientôt mais rien ne l’arrêtait de pleurer. La «folle», faute de savoir son nom, me prit par le collet et me traîna dans les rues. Je ne posais pas trop de question, demandant seulement où on allait comme ça. Je m’attendais à me faire répondre «un hôtel» mais elle me dit simplement qu’elle avait très faim. La peur me noua l’estomac à cet instant…et je sentis un peu de mes forces m’abandonner…qu’est-ce qu’elle faisait?! Je murmurai mortifiée: «ne me faites pas de mal» et me servir de mon pouvoir de persuasion mais rien ne sembla changer dans son attitude.

Nous entrâmes plus loin dans un entrepôt et je priais que Émil ne soit pas loin…que Jak revienne et me sorte de là…je sentais la situation dégénérer…Dans l’entrepôt, je sentis la même force qui m’avait attiré vers Jak, Émil, Prosperpina et James. Il y en avait un autre dans l’entrepôt, plus loin dans le noir. La femme m’enferma dans une petite pièce éclairée possédant un lit auquel pendant des menottes, une table de chevet avec des bonbons que je refusai. J’avais peur, je voulais qu’elle me laisse partir. Je me servis à nouveau de mon pouvoir pour la persuader de me laisser tranquille ou de moins de ne pas m’attacher au lit, évaporant ainsi ma dernière chance de m’échapper. Encore une fois, elle résista à mon charme et m’ignora.

J’étais attachée au lit. Elle s’était dénudée. J’étais nue moi aussi. Je fermais les yeux. Elle m’embrassait. Penser à autre chose. Penser à Prosperpina qui doit être aller chercher de l’aide, chercher Jak. Ses mains se promenaient sur moi, je frissonnais de dégoût. Jak arrivera bientôt, c’est sûr. Et..et…Elle me vidait de mon énergie, encore! Je me sentais faiblir…NON, je ne vais pas abandonner. Émil ne doit pas être loin. Il vient me sauver, lui aussi. Les renforts arrivent…elle va cesser de…de me…toucher…elle va me lâcher…tout va cesser…je sentais les larmes rouler sur mes joues, les sanglots franchirent ma bouche…tout va cesser…tout va cesser…bientôt…

La porte s’ouvrit en un grand fracas et je vis Émil entrer. J’étais sauvée! Quel soulagement! Il était furieux. Son bras droit, celui caché, enfla et des griffes lui poussèrent. C’était terrifiant mais je n’avais nul part où fuir. Heureusement, la femme non plus. Elle se prit une grande claque de la part d’Émil qui l’envoya valser contre le mur. Elle répliqua avec je ne sais quel sortilège mais l’apparence réelle d’Émil fut dévoilée. Puis elle disparut par la porte.

Émil me libéra des menottes et un coup de feu se fit entendre venant de l’entrepôt. Émil me proposa sa cape mais je refusai et me rhabillai avec le bikini et le manteau de fourrure que je serrai très fort contre moi. Je tremblais, encore sous le choc, ne pouvant me débarasser des images de cette folle.

Dans l’entrepôt, nous vîmes Jak qui cherchait la femme dehors mais elle avait filé. Il revint bredouille et nous nous concentrâmes sur l’autre Promethean qui était tout près. Émil courrut vers la forme qui était couchée sur une table improvisée, enchaînée à des palettes de bois autour. Les chaînes brisées et la forme libérée, je vis une très jolie fille fort mal en point. Émil la prit dans ses bras et les blessures de la fille se refermèrent tandis qu’Émil se mit à saigner…Tous deux pleuraient et semblaient se connaître. Je ne compris pas trop ce qui se passait mais à l’intérieur de moi, je sentis une étrange sensation m’envahir. Prosperpina était encore en larmes lorsqu’elle me vit, s’excusant mille fois, se blâmant. Je me contentais de hocher la tête, de dire que tout allait bien…mais je n’allais pas bien…j’étais brisée…

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Boivin Krymsan

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