Adam & Prometheus

Promenons-nous dans les bois...

On est perdu dans ce bois. Coupé de tout. Rien que des arbres, de la neige. La ville est à des heures de marche. C’est le silence plat. Ça m’ennuie de passer deux semaines ici, mais on a pas trop le choix…

La rencontre avec Holte fut aussi violente qu’inattendue. Violente de larmes, de mots, de poings. Je plains Prosperpina…elle qui voulait tant le rencontrer. Amère déception. Il lui faut à présent se trouver un nouveau but, lâcher le passé. Je ne me suis jamais demandée d’où je venais et ça ne m’a pas empêché de vivre.

J’ai fait un rêve tellement..réél que j’en suis troublée. Je n’écoutais qu’à moitié les autres à mon réveil. J’ai mangé sans appétit. J’ai bûché du bois avec Jak, mais je n’y prêtais pas attention. On a un peu réparé la cabane tout de même. Ce devait être un beau bâtiment avant.

Jak a dit qu’il avait un projet pour ma soirée et que je devais m’attendre à ne pas dormir. J’ai donc pris un temps de repos à l’intérieur. Héléna est venue me jaser. Elle me parlait de «nous», les Galathés. Ses paroles me rappelèrent celles de James.

Tu n’es pas incroyablement belle

Ça m’a choqué, mais c’était les mêmes propos que James alors..je m’y attendais presque. Elle me dit que c’est parce que si je ne suis pas comme ça, c’est que je dois avoir un talent particulier. Je ne m’en connais pas. Il reste à découvrir semble-t-il. Ahlala, encore un truc pour m’occuper l’esprit…

Ensuite, j’ai eu droit à la conversation la plus bizarre de toute ma vie! Expliquer «l’amour» à Prosperpina! Et elle part de loin, genre niveau enfant de 5 ans! C’était étrange. Elle rougissait facilement. Je n’avais pas porté attention à son intérêt pour Émil. Je leur souhaite d’être heureux. Prosperpina avait clairement plus de questions mais elle s’est tue quand Émil et Holte sont entrés. Le sujet sera reporté à plus tard.

On m’a signalé qu’un sac traînait dans l’entrée et j’ai pensé aux indications de Jak. J’ai fouillé le sac une fois dehors et me suis exclamée. Il y avait des objets qui m’inquiétaient. Pourquoi aurais-je besoin d’un fusil?! Qu’allais-je faire dans ce bois?! Appréhendant cette «épreuve», j’ai salué les autres et me suis enfoncée dans la forêt alors que le soleil commençait à décliner.

J’ai commencé par avancer sans rien sur moi, le sac à dos bien ancré sur mes épaules. Puis j’ai senti l’azoth. Jak n’était pas loin. J’ai sorti un couteau de chasse du sac, encore sceptique du sort qu’il me réservait. J’essayais de me faire discrète, mais il pourrait me tirer de loin de toute façon. Après une heure dans le silence de la forêt calme, avec pour seuls bruits mes pas dans la neige et les oiseaux dans les arbres, j’ai eu une surprise de taille. Un coup sur la tête qui faillit m’assommer m’a fait tombé à la renverse tandis qu’un cri de frayeur traversait mes lèvres. J’ai réagi d’instinct en attaquant avec le couteau mais je ne l’ai même pas égratigné. Lui a pu me saisir par les vêtements et me jeter des mètres plus loin par contre! Puis, il a disparu…

Je n’en revenais pas. C’était quoi, les Hunger Games?! Survival?! J’ai du retirer une branche qui me traversait la cuisse. Pourtant, je ne saignais pas. Encore sonnée, j’ai grimpé dans un arbre pour examiner de nouveau le contenu du sac. J’ai sorti une corde pour me faire ceinture dans laquelle j’ai glissé le couteau. Puis je me suis armée du pistolet. Et je suis repartie. Le soleil était presque coucher. Il ferait noir dans les minutes suivantes. Une lampe de poche collée au pistolet avec l’aide de ma main, je voyais devant moi. Sans plus.

Ce jeu du chat et la souris s’est poursuivi jusqu’à tard dans la nuit. J’étais couverte de bleus. Épuisée. Jak et moi, on se croisait, échangeait quelques coups puis il repartait. Je devais me rendre à la rivière, selon le plan, qui était à un bon 3hrs de marche pour ensuite avoir le droit de revenir! Et là, c’était nuit noire, la lune haute dans le ciel et je ne savais même plus où j’étais, si j’étais proche de la rivière ou non. Désespérant.

C’est alors que je suis tombé sur un arbre morbide. Il y avait plein de lapins empallés dessus. Aucun animal à ma connaissance ne savait faire ça…ça prend des mains pour faire ça. Des pattes effilées ont disparu dans le coin de mon oeil. Mon coeur a manqué un battement. J’appellais Jak mais il ne répondait pas. Jusqu’à ce qu’il soit derrière moi et m’avoue que ce n’était pas prévu.

Avec la lumière de ma lampe torche, j’ai vu la créature en question. Livide, longues griffes, efflanquée, marchant à quatre pattes. Elle a touché un sapin qui a soudain pris feu. Jak et moi on l’a abattu sans discuter. Les buissons ont bruissé autour de nous, des pas résonnaient dans la neige. Des dizaines de créature comme la première sont apparues. Une voix leur a commandé de nous attraper…et on a pris nos jambes à nos cous.

La poursuite allait bien, on les distanciait, on a couru couru couru, Jak a tiré sur eux quelques fois, je me suis contentée de courir avant de sentir un truc gluant sur ma nuque ,un mille patte avec un torse d’homme a fondu sur nous, Jak s’est jeté sur lui alors que je poursuivais ma course, j’ai vu, par dessus mon épaule, la chose cracher sur lui et brûler sa joue, et moi je ne pouvais assister sans rien faire ou pire, fuir et laisser un ami risquer sa vie pour moi, alors je me suis retournée vivement, j’ai lâché le pistolet et la lampe torche qui sont allés s’écraser dans la neige avec un bruit sourd puis j’ai saisi le couteau à ma ceinture et j’ai chargé sur le mille patte avec la volonté de l’ouvrir en deux, et c’est ce que j’ai fait, la chose a cessé de remuer. Petite victoire…qui a duré bien peu longtemps car les créatures à griffes nous rattrapaient. Le chef était mort et rien ne les empêcheraient de nous bouffer.

D’un seul regard, Jak et moi se sont entendus à reprendre une course effrenée. J’ai ramassé le fusil et ça m’a ralenti pour mon départ. Trois bestioles se sont accrochées à moi avec la ferme intention de me dévorer. Je sentais leurs griffes, leurs crocs, lacérer ma chair. J’ai crié, je me suis débattu. Jak est venu en trancher quelques uns avec son couteau, en tirer d’autres. Je me suis battue avec toutes mes forces. Toutes mes ressources. Je jouais du couteau. Un instant, on s’est cru sauvé. Ils n’étaient pas durs à tuer…mais l’un deux à cracher du feu. Et j’ai souffert comme jamais. Ma peau fondait. Des lambeaux étaient arrachés puis avalés par ses horreurs. Je me suis sentie faiblir. Je paniquais. Je ne voyais plus Jak. Je ne sentais plus les larmes sur mes joues. Je me suis sentie tout à coup très fatiguée…prête à fermer les yeux pour un long sommeil. Et j’ai compris que c’était ça, la mort. Que j’en étais si proche…

J’ai tenté une dernière fois de les repousser puis mon bras s’est effondrée. Je n’ai plus crié, je n’ai plus bougé. Je n’avais plus de force. Je n’avais plus de souffle non plus. J’allais mourir. C’était fini…

Je ne serais jamais humaine.

Je n’emmenerais jamais Jak à Québec.

Je ne reverrais plus Émil ou Prosperpina.

Mes muscles se sont détendus… Je n’entendais presque plus les bruits de ma chair arrachée… les craquements de mes os… la mastication… Les sons me parvenaient de loin… J’ai vu Jak se pencher vers moi, me soulever du sol… Il m’a pris dans ses bras et il a couru… Je voyais le ciel parsemé d’étoiles, la tête renversée sur le bras de Jak, les yeux mi-clos… Je n’avais plus mal…mais je n’avais plus d’espoir…

Au moins je mourrais contre lui…

J’ai fermé les yeux… Me suis laissé imprégner par le silence… Les bruits étouffés de la poursuite étaient presque inaudibles… Je crois avoir entendu de l’eau… Jak et moi voulions longer la rivière pour rentrer au chalet… Je m’y étais lavée plus tôt, alors que je voulais du temps seule pour penser, remettre ma vie en question… C’était futile à présent…

J’ai passé un bon moment à ne penser à rien. À attendre le moment où je cesserais de respirer pour de bon, chaque soulèvement de ma cage thoracique me surprenant.

J’ai repris conscience de ce qui se passait lorsque j’ai entendu Émil gémir de douleur. J’ai rouvert les yeux et l’ai vu se recroqueviller au sol, visiblement souffrant. J’ai aspiré l’air goulûment comme si je sortais de l’eau. Je..je reprenais vie! Mes blessures se sont refermées, je pouvais les sentir! J’avais déjà vu Émil le faire, sur Héléna. Il a pris mes blessures. Les miennes ont disparu. Mais les cicatrices allaient rester. Permanentes.

À cet instant, je me foutais de ce que j’aurais l’air avec ces marques…certaines cicatrices seraient invisible à l’oeil et permanentes aussi..je tremblais d’un froid que je ne pouvais réchauffer avec aucune couverture…je tremblais de l’intérieur. D’une peur inapaisable. Il y avait moins d’une heure, je mourrais. Je me croyais déjà partie. Pourquoi alors, étais-je encore là?

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Boivin Krymsan

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